Il y avait 6 camps d'extermination en Pologne, le plus grand fut
Auschwitz/Birkenau. Majdanek près de Lublin en fut un autre.
Majdanek
Univers de fonte, de briques, de goudron et de bois noir.
Mais les épicentres du mal : les chambres à gaz et les crématoires sont en dur.
L' industrie, la metallurgie lourde, de l'appareil nazi , la technologie mortelle du Reich, les convois, le zyklon B, la paperasse, le coke, les pointes, les baraques, sont désormais inertes,
mais le fantôme du monstre rôde.
Il a été abattu, décapité mais sa gueule d'acier laisse toujours apparaître ses crocs, comme les pieds d'une armée de béton faits pour écraser par piétinement.
Ce scolopandre qui marche d'un même pas, le coeur en fusion, la tête vide seulement traversée d'ordres et d'obsessions : anéantir et anéantir et encore anéantir, a laissé les traces de son passage
sur cette terre ici à Majdanek près de Lublin.
Oui, cela a existé, les SS ont éxisté, les nazis ont existé, Majdanek a fonctionné.
Je reste piqué là.
Cela, tout cela a existé, il y a seulement 60 ans. Ici, sur cette terre. Le pire dans cette antre du mal incarné est que l'ensemble est fonctionnel, pratique, efficace. Apparence médiévale, bois,
petite bâtisses, tout est construit pour être pratique, efficace. On ne peut pas, ne pas se dire que l'enfer existe. Ici à Majdanek.
Les barbelés, les isolateurs électriques pour trés forte tension sont là. On entend presque hurler les chiens, aboyant comme aboient leurs maitres SS. Les dents comme des crocs mordant et
arrachant les chairs dans le froid qui colle la peau au métal.
Rien ne peut plus se concevoir, ni se penser ici d'autre que le besoin de dire : la Shoah est le fait d'hommes contre d'autres hommes.
Dominique Nugues
Exposition de Dominique Nugues